TEXTE À VISÉE PÉDAGOGIQUE

La liberté d’expression est essentielle, vitale pour les membres de Fiertés Lille Pride. C’est grâce à elle que nous pouvons affirmer qui nous sommes, qui nous aimons, exiger de nouveaux Droits et dénoncer les exactions. Les manifestations organisées par Fiertés Lille Pride destinées à tou.te.s sont des moments où tout le monde doit se sentir à l’aise, en sécurité pour être visible, échanger et militer dans la bienveillance et le non-jugement.
 
Nous avons tou.te.s notre rôle à jouer dans la construction et la participation aux événements portés par Fiertés Lille Pride mais aussi dans nos propres déconstructions. Le racisme et le sexisme sont par exemple des problèmes sociétaux que nous devons combattre chacun.e mais aussi collectivement au même titre que les LGBTIphobies, et toute autre forme de discrimination. Ne banalisons pas les insultes, ne reproduisons pas nos stigmates même sous couvert d’humour. Nous nous devons d’être vigilitant.e s et bienveillant.e.s pour ne pas perpétuer les formes de dominations structurant nos sociétés et pour faire de nos moments des lieux dégagés de toutes les formes de discriminations.
 
Unissons nos voix et refusons définitivement que toute forme d’oppression s’infiltre dans nos communautés. Nous sommes pluriels, notre but est commun : « Nos vies, nos familles, notre santé, nos papiers : égalités bafouées ! ».

Salon LGBTI+ 2017 : déclaration Inter-associative

Des membres des associations « Aides NPDC », « Bon Chic Bon Genre Sciences-Po Lille », « C’est Pas Mon Genre ! », « J’En Suis J’Y Reste » et « SOS homophobie » ont écrit ce texte à titre individuel ou associatif. Il est donc publié ici strictement en leurs noms. Un texte rédigé collectivement en réponse à celui-ci est aussi publié sur le site.

 

Les 28 et 29 Janvier 2017 s’est déroulé le 5e salon LGBTI+ organisé par Fierté Lille Pride : un moment important, fédérateur, riche en partage, rencontres associatives et culturelles. Malheureusement, il fut entaché par une performance affligeante à caractère raciste d’un tra3nsformiste.

 

Pour rappel, dimanche 29, nous avons déploré le recours à un blackface lors d’un numéro transformiste. Cette pratique consiste à se noircir le visage et se grimer en NoirE pour « jouer un personnage ». N’y voir qu’une fin artistique ou humoristique, c’est oublier qu’historiquement le blackface était une forme théâtrale qui avait pour but de stigmatiser et ridiculiser les personnes Noires afin d’amuser les BlancHEs, en renforçant par là leur domination. Mise en parallèle avec l’histoire coloniale, il est évident qu’il ne s’agit pas d’une pratique anodine. Une couleur de peau, une culture, n’est pas un déguisement. Essentialiser des personnes issues de minorités ne fait que renforcer les stéréotypes et discriminations auxquels elles doivent faire face au quotidien et cela n’a pas sa place dans nos communautés.

 

Lors de ce numéro, nous avons assisté à un jeu de scène des plus humiliants et déshumanisants : un transformiste incarnait Tina Turner pour son spectacle. Au milieu de la chanson, la musique s’est arrêtée pour faire place à des cris de singes. L’artiste, en plus d’imiter une attitude bestiale, est descendu de la scène afin d’épouiller des membres du public. Il a ensuite poursuivi son show musical malgré les indignations provenant de l’étage comme si ces invectives le galvanisaient. En somme, un spectacle digne d’un naturaliste du XIXe siècle !

 

Malgré les applaudissements de certains spectateurs, la scène a plongé tout l’étage dans un profond malaise. Comment peut-on banaliser un tel racisme sous couvert d’humour ? Comment la comparaison entre une femme noire et un singe a-t-elle pu être jugée acceptable ? Devons-nous rappeler les images humiliantes de militants de la manif pour tous jetant des bananes et insultant Christiane Taubira de guenon ? Devons-nous rappeler les condamnations de certains journaux et élus d’extrême droite pour de telles comparaisons ? Le salon, lieu inclusif et sa femme, ne peut pas autoriser de telles dérives.

 

Bon nombre d’entre nous ont été foncièrement choquéEs et écœuréEs, par ce manque de respect des personnes racisées et ce manque de perspective intersectionnelle. Et que penser de l’absence d’excuses de la part des artistes concernés…

 

Il est primordial que chacunE d’entre nous se sentent à l’aise et en sécurité dans nos espaces de visibilité, d’échanges et de militantisme. Nous avons toutes et tous notre rôle à jouer dans la construction des événements portés par Fierté Lille Pride, mais aussi dans nos propres déconstructions. Le racisme est un problème structurel que nous devons combattre chacunE à notre niveau mais aussi collectivement, au même titre que les LGBTphobies. Nous nous devons d’être vigilantEs et bienveillantEs pour ne pas reproduire les formes de dominations structurant nos sociétés et faire de ce salon un lieu dégagé de toutes formes de discriminations.

 

C’est pourquoi nous souhaitons unir nos voix et refuser une bonne fois pour toute que le racisme et toute autre forme d’oppression ne s’infiltrent dans nos communautés et nos espaces d’échanges. Nous demandons une prise de position publique de la part de toutes les associations membres de Fierté Lille Pride et un engagement sincère contre ce type de pratiques. Nous nous opposons à l’invitation d’artistes qui véhiculent des stéréotypes discriminants sur les marches ou les salons. Nous souhaitons travailler ensemble à l’élaboration d’outils et autres mesures, pour éviter que des personnes se sentent exclues de nos luttes et de nos fiertés.

 

Des membres du J’en Suis J’y Reste, C’est Pas Mon Genre ! BCBG, Aides et SOS homophobie ont réfléchi collectivement à ces problématiques – à titre associatif et individuel. Voici nos propositions :

• Construction et adoption d’une charte
• Charte à inclure dans le contrat des artistes
• Droit de regard des associations sur les artistes invitéEs
• Prise de parole publique à ce sujet lors du discours porté lors de la Pride
• Faire participer les associations à la rédaction de ce discours
• Inviter Louis-Georges Tin ou des militants locaux à s’exprimer lors de la Pride
• Inscrire un point sur ce sujet sur tous les supports de communication (brochures, réseaux sociaux, etc)
• Une action portée par Fierté Lille Pride lors de la semaine culturelle : nous proposons une projection de Moonlight
• Un temps de formation et de sensibilisation pour les bénévoles et le staff
• Réfléchir collectivement à l’essence même de la Pride